L’abus de benzodiazépines… 



… favorise-t-il la maladie d'Alzheimer ?


 Les patients qui consomment le plus de benzodiazépines ont plus de risques que le reste de la population de développer la maladie d'Alzheimer (MA), confirme une nouvelle étude d'envergure publiée ce 10 septembre 2014 dans le British Medical Journal.
Certaines pathologies ciblées par ces médicaments sont-elles des précurseurs de démence ? 
Ou ces substances jouent-elles, elles-mêmes, un rôle dans le développement de la maladie ?


Depuis plus de dix ans, les études se suivent et convergent dans leurs conclusions : les patients âgés qui se sont vu prescrire des benzodiazépines sur le long terme ont, à terme, une probabilité beaucoup plus élevée que les autres de développer la maladie d'Alzheimer (MA).

Les benzodiazépines sont couramment prescrites pour le traitement de l'anxiété et de l'insomnie (facteurs de risque de la maladie d'Alzheimer), mais également celui de la dépression, du syndrome de sevrage alcoolique ou de certains troubles psychomoteurs.
Un Français sur cinq consomme des benzodiazépines au moins une fois par an.

L'équipe bordelaise du professeur Bégaud (INSERM), qui a déjà conduit plusieurs travaux sur cette question(1), publie aujourd'hui une nouvelle étude comparant les antécédents médicaux de 1.796 malades d'Alzheimer de plus de 66 ans avec ceux de 7.184 témoins sains, de mêmes âges et de même profil général.

Les chercheurs ont établi le dosage quotidien moyen de benzodiazépines chez l'ensemble des participants utilisateurs de ces médicaments. Leur premier constat : les personnes qui consommaient annuellement moins de 90 fois cette dose moyenne (en d'autres termes, ceux qui suivaient une prescription type trois mois par an) ne présentaient pas de risque accru de développer une MA, comparés aux non-utilisateurs de benzodiazépines.

Deuxième observation : les personnes qui suivent une prescription type entre trois et six mois par an présente un risque objectivement accru de développer une maladie d'Alzheimer, comparés aux personnes n'en ayant jamais consommé. En toute rigueur, il n'est pas possible d'affirmer que ce risque est très élevé(2) – des études plus approfondies étant nécessaires pour permettre de préciser l'ampleur réelle de ce sur-risque.

En revanche, la corrélation devient particulièrement forte lorsqu'on en vient aux prescriptions représentant plus de six mois du "dosage quotidien moyen". Le sur-risque de développer une MA pour les patients apparaît alors d'au moins 62% comparés aux non-utilisateurs.

Une association directe ?




"L'observation d'une plus forte association pour des expositions à long terme renforce le soupçon d'une possible association directe", notent les auteurs, soulignant toutefois que "la consommation de benzodiazépines [pourrait] également être un marqueur précoce d'un état associé à un risque accru de démence".

"Nous ne pouvons écarter l'hypothèse selon laquelle les troubles du sommeil ou l'anxiété - deux des principales indications des benzodiazépines - pourraient être [engendrer] avec des lésions précoces dans le cerveau."

Toutefois, les chercheurs notent que les résultats présentés prennent en compte les antécédents d'insomnie et d'anxiété déclarés par les participants. Le sur-risque existe donc lorsque l'on compare des personnes insomniaques traitées par benzodiazépines à celles non traitées par ces médicaments. Toutefois le degré de gravité des pathologies requérant une mise sous benzodiazépines est vraisemblablement supérieur à celles touchant le groupe témoin.

Par ailleurs, les chercheurs évoquent des travaux conduits par des membres de leur équipe en 2012, qui statuait que la consommation de benzodiazépines par l'adulte de plus de 65 ans était associée à un risque accru d'apparition d'une MA "dans les 15 ans", indépendamment de l'âge initial d'inclusion des participants. Selon eux, ceci resserre le faisceau de présomption autour d'une possible responsabilité des benzodiazépines dans l'émergence de la démence.

"L'utilisation injustifiée à long terme de ces médicaments doit être considérée comme un problème de santé publique", concluent les chercheurs, sans remettre en cause l'intérêt et l'utilité des benzodiazépines dans le cadre de traitements de court terme.

Les durées de traitement trop longues de benzodiazépines avaient déjà été vivement critiquées en janvier 2014par l'agence de sécurité du médicament (ANSM) au vu de l'accroissement des risques neuro-psychiatriques, de chute ou de dépendance avérés encourus par les patients. La Haute Autorité de santé (HAS) a pour sa part préconisé en juillet dernier de réduire le remboursement par la sécurité sociale de certaines benzodiazépines de 65% actuellement à 15% à l’avenir


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 GE Florence Mayer
Assistante en Gestion du Quotidien
Art-thérapeute

Création du site: 26/12/09.